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"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par
conséquent réellement vécue, c'est la littérature; cette vie qui, en un
sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez
l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à
l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés
qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les pas "développés".
Notre vie, et aussi la vie des autres; car le style pour l'écrivain,
aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de
technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible
par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative
qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui,
s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par
l'art seulement, nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un
autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les
paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y
avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le
nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes
originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus
différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et
bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il
s'appelât Rembrandt ou Vermeer, nous envoient encore leur rayon spécial.
Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la
matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de
différent, c'est exactement le travail inverse de celui que, à chaque
minute, quand nous vivons détourné de nous-mêmes, l'amour, la passion,
l'intelligence, et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles
amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour les cacher
entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons
faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul
art vivant. Seul, il exprime pour les autres et nous fait voir à
nous-mêmes notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s'"observer",
dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être traduites et
souvent lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail
qu'avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre esprit
d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c'est ce
travail que l'art défera, c'est la marche en sens contraire, le retour
aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous,
qu'il nous fera suivre."
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1) A quel domaine renvoie le mot "cliché"?
2) Quel est le sujet du verbe souligné?
3)Relevez les prépositions et adverbes de lieu ?
4)A quoi s'oppose le travail de l'artiste?
5) Quel titre donneriez-vous à cet extrait?
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